• Justine Virideau

Comment j'ai découvert la "micro-aventure"

Il y a quelques années, j'ai lu sur internet pour la première fois le terme "micro-aventure". Soudain, j'ai pu mettre un mot sur ce que je faisais déjà depuis mes années lycée...


1997, j'entre au lycée à Lyon pour mes 2 années de C.A.P. Photographie. J'ai 16 ans et je ne sais pas encore dans quel domaine exactement je vais me diriger dans le futur.

Mon professeur remarque rapidement mon désintérêt pour le studio, les portraits, les images réfléchies et travaillées, etc, et met en avant ma passion pour le baroudage dans la ville. Il comprend que j'aime particulièrement le côté "prit sur le vif" et il me catégorise immédiatement comme "street photographer". Et en effet, la rue deviendra mon terrain de jeu privilégié et l'exploration ma façon de procéder.





Instinctivement, sans y réfléchir, je me concentre spécialement sur les rues abîmées, sales, les boutiques anciennes ou fermées et abandonnées, les tags et autres graffiti, l'architecture, les portes, plus rarement les gens. Je passe des journées et des nuits à marcher en ville, à lever le nez, à regarder les moindres détails de mon environnement, des immeubles, des monuments historiques, de la moindre signature sur un mur.





En rentrant dans ma campagne vauclusienne à la fin de mes études, je découvre plus précisément l'urbex, soit "exploration urbaine", et cherche en permanence des bâtiments et maisons abandonnées hors agglomération.

Je pars en balade au hasard, toujours l'appareil photo en bandoulière.





Je commence à travailler à Avignon tout en habitant à Orange et je vais au travail en train. Parfois, lorsque je monte dans le train le vendredi soir, je ne m'arrête pas à Orange. Je ne prends même pas le train pour Orange. Je prends n'importe lequel, sans destination précise, et je m'arrête à la première gare d'un village qui me fait de l'oeil pour l'explorer tout le week-end et rentrer le dimanche soir.





Quelques années plus tard je m'installe à Avignon, et même si je commence à faire beaucoup de photos de concerts (étant bénévole dans une salle de concerts, c'était facile de m'y plonger !), je continue mes promenades urbaines, jour et nuit, et shoote tout ce que je vois. Bref, j'explore la ville en long et en large, dans le moindre détail, le nez au vent et les yeux partout.





En même temps, je promène avec mon vieux vtt Peugeot des années 90. Je sors de la ville, je cherche toujours des bâtiments abandonnés à explorer, et un jour, je pars avec mon duvet : premier bivouac en solo.

Révélation.


Mes petites promenades ne sont pas régulières, chaque fois je prends un plaisir immense à partir comme ça, sur un coup de tête, toute seule, sans aucune destination précise.

Je découvre la région, les villages autour de ma ville, la campagne, les endroits les plus reculés où personne ne va jamais.





Un jour sur internet, je tombe (sans me faire mal) sur un article parlant de Alastair Humphreys, cet anglais qui, après un tour du monde à vélo, a commencé à explorer autour de chez lui, sur quelques jours. Dans cet article, je lis pour la première fois le terme "micro-aventure". Et je comprends immédiatement que c'est exactement ce que je fais depuis toutes ces années, que ce soit barouder en ville, l'urbex, les mini périples à vélo. Je fais de la micro-aventure, nature et urbaine (car oui la micro-aventure peut être urbaine aussi !), depuis mes études en photographie.

Pour une raison que j'ignore, je trouve ce mot magique et je l'adore. Il me correspond parfaitement. Il représente ma façon d'explorer, de promener, de photographier. Depuis toujours.


Je peux enfin mettre un nom dessus et donner une définition à mes proches explorations. Je sais qu'en disant "micro-aventure" on comprendra immédiatement de quoi je parle sans partir dans des explications, soit l'aventure autour de sa maison.


Avant le burn out en 2015, cela faisait un peu moins d'un an que je ne partais plus, je n'explorais plus. J'étais dans une profonde dépression et je ne sortais plus de chez moi.

Puis, j'ai recommencé les balades à vélo petit à petit, au fur et à mesure que mon moral allait mieux. Et il y a eu le premier voyage à vélo il y a 4 ans, je suis reparti en exploration pour ne plus jamais m'arrêter.


Aujourd'hui, je privilégie les micro-aventures à vélo.

Je m'y prends de 3 façons différentes, en fonction de l'envie du jour.


1) je me connecte sur le site BRouter.de je zoome sur ma ville et ses alentours, puis je regarde les petites routes et les chemins. Je sélectionne ceux que je ne connais pas, sur lesquels je n'ai encore jamais roulé, ou tel village où je ne suis encore jamais passé pour allé l'explorer, et je crée un itinéraire, pour 1h, une après-midi ou 2-3 jours. Il m'arrive de faire cela également lorsque je me rends quelque part précisément, comme allé voir un ami à Nyons ou faire mes livraisons de chocolat à Avignon. Chaque fois, je fais un trajet différent et découvre de nouveaux endroits.





2) je laisse Google Maps me guider. Pourquoi ? N'importe quel cycliste pourra vous le dire : faire un itinéraire vélo avec Google Maps, c'est toujours une aventure ! Il nous fait souvent passer par des endroits improbables, des chemins inconnus. Il arrive que le chemin ou la route qu'il nous suggère n'existe même plus ou sont sur des propriétés privés. Les demi-tours peuvent être nombreux tout comme les galères. Mais les belles surprises sont aussi au rendez-vous et il peut nous amener sur des chemins fabuleux en-dehors de tout circuit cyclo et/ou véloroute, où personne ne passe hormis le paysan du coin.





3) je pars sans aucun but précis, sans itinéraire, au hasard, et je prends les routes ou les chemins au feeling sans vraiment réfléchir. Parfois ça passe, parfois pas du tout. C'est le plaisir de la découverte sur le moment.

Pour ces micro-aventures, je privilégie les routes et chemins ne faisant pas partis d'une véloroute balisée ou d'un circuit local pour cycliste. Car le but est d'être "hors sentiers battus"...

Il m'arrive encore de partir en exploration en ville, dans ce cas je prendrais une rue dans laquelle je ne suis jamais passée, je regarderais chaque détail de cette rue, j'explorerais ses moindres recoins. J'arrive encore à découvrir des endroits de ma commune après toutes ces années.





Lors du premier confinement par exemple, je pédalais dans mon rayon de 1km comme tout le monde. J'ai, pour la première fois, vraiment découvert mon quartier et tout ce qui se trouve dans ce minuscule rayon. Cela a agrémenté cet étrange instant de nos vies.


L'idée de la micro-aventure est de partir de chez soi, sans but précis ou créer un petit itinéraire au préalable, hors sentiers battus comme on dit, loin des touristes ou en ville là où ils ne vont pas, découvrir son quartier, sa ville, son département, sa région. Juste quelques heures ou quelques jours. Sans savoir ce qu'on va voir à l'avance.


Pas besoin d'être expert en quoique ce soit, pas besoin d'être sportif, il suffit juste de rester ouvert à l'inconnu et se laisser guider par son intuition.


Ce super article entre plus dans le détail, si l'envie vous vient d'en savoir un peu plus : Micro-aventure : un condensé d'émotions à deux pas de chez soi (histoiresdetongs.com)