• Justine Virideau

La découverte du voyage à vélo... et de moi-même #1

Première partie - Le commencement.




Pendant plusieurs années, je pratiquais ce qu'on nomme aujourd'hui la "micro-aventure". A l'époque, ce terme n'existait pas encore. Je partais le week-end, avec mon vélo ou en train, au hasard sans itinéraire précis, et découvrais les alentours ou les départements voisins et même plus loin. Je faisais de l'urbex (l'art d'explorer les lieux abandonnés). Je passais des nuits et des journées entières à explorer la ville où j'habitais et celles d'à côté. Je me promenais régulièrement en pleine nature, que ce soit à la journée ou pendant 2 jours avec ma tente.


Au plus fort de la dépression, j'avais déjà arrêté de vadrouiller. Plus envie de sortir de chez moi. Puis vient le burn out et le déménagement pour me retrouver en famille et ne plus être seule dans cet état. Sans eux, sans leur présence, je ne suis pas certaine que je me serais remise aussi vite. Même si le psychologue a évidemment beaucoup pesé dans la balance. Mais pas que...


Lorsque mon état d'esprit a commencé à s'apaiser, que la forme revenait, que l'envie de repartir à l'aventure ou simplement en vacances se sont fait ressentir, j'ai eu l'idée de partir au Pays Basque voir un festival de photographie dont j'avais apprit l'existence sur facebook.

Je prends tous les renseignements nécessaires et me dit que j'ai encore le temps de réserver le billet de train. Hélas ! Malgré ma grande connaissance de la SNCF pour l'avoir utilisé pendant mes années lycée et au quotidien pour le travail, je m'y suis prise bien trop tard et au moment de réserver le prix a explosé. Etant très limité financièrement et ce billet de train doublant mon budget, je me suis rendu à l'évidence : je ne peux pas y aller.


Mais il fallait que je parte. Que je prenne quelques jours de vacances (non rester chez soi en dépression ce n'est absolument pas des vacances !). Cela faisait des années que je n'étais pas allé plus loin que ma ville. L'immense envie de "prendre l'air" m'a inspiré un périple "pas cher", je ne sais même plus comment j'ai pensé à ça exactement : partir en vacances à vélo une semaine ou plus. Du jour au lendemain, comme ça sur un coup de tête sans réfléchir, j'achète une paire de sacoches bas prix sur le net, un porte-bagages spécifique pour mon vtt qui ne peut pas en accueillir un, et me voilà parti découvrir le canal du midi en passant le long de la méditerranée.





Je n'avais pas fait de grosses recherches pour ce périple. J'avais juste cherché un itinéraire simple, sécurisé, proche de chez moi, avec retour en train très facile, accessible à tous, intéressant au niveau du patrimoine historique.

Je suis monté dans le train à Orange jusqu'à Lunel, pour à peine une quinzaine d'euro, où j'ai prit la direction d'Aigues-Mortes sur mon vélo. J'ai emprunté la voie verte pour arriver sur les bords de la méditerranée, itinéraire de l'eurovelo 8, puis tout droit jusqu'à arriver à Sète pour attraper le canal du midi, que j'ai plus tard quitté à son intersection du canal de la Robine pour descendre jusqu'à Port-la-Nouvelle. Retour en train.





Même si le canal du midi est très touristique, je ne regrette pas ce choix. Bien au contraire. C'était magique, le canal du midi étant magnifique et son passé historique plus qu'intéressant. Je regrette juste d'avoir été obligé d'arrêter le voyage à cause d'une tendinite au bras droit dû à une mauvaise position sur mon guidon.

Sans savoir ce qui m'attendait, je me suis trouvé plongé dans la communauté des cyclovoyageurs, j'ai découvert un mode de vacances encore inconnu pour moi, et cela a eu une conséquence incroyable sur le long terme que je n'aurais jamais imaginé : la guérison de la dépression.


La liberté de mouvements, la liberté d'aller où je veux quand je veux, avancer doucement, trouver son propre rythme, lever les yeux et regarder à nouveau devant et autour de moi, être en pleine nature... Cela a été une véritable révélation.





Et ce sont surtout les effets sur mon état dépressif qui m'ont marqués à vie. Cela faisait plusieurs années que je faisais de la danse et du yoga, même si une petite pause suite au burn out. Je pensais sincèrement que ça avait des effets thérapeutiques sur mon mal-être, que la danse me permettait de reprendre confiance en moi, que le yoga me permettait de me recentrer. Dès la fin de cette semaine à vélo, j'ai compris qu'en réalité je me persuadais que ces activités me faisaient le plus grand bien car ce périple m'a apporté tout ce que je recherchais dans la danse et le yoga. Les longues heures sur la selle m'ont apprises à méditer réellement. A me recentrer. Surtout, à me canaliser. A stopper ce cerveau qui me perturbe tant.

Les séances de yoga matinales ou de fin de journée en pleine nature pendant ce voyage ont été les plus intenses de ma vie. Et pourtant, j'ai le souvenir de deux séances précises en Inde qui ont particulièrement perturbés mon esprit. Cette fois-ci, le ressenti a été multiplié par trois.


C'est d'ailleurs la même année que mon psychologue a abordé pour la première fois le sujet du haut potentiel. Cette particularité du cerveau à fonctionner d'une certaine manière que nous sommes en permanence en activité, avec des pensées en "arborescence", plus rapides que la moyenne, 24h sur 24. Je n'avais jamais réussi à mettre mon cerveau sur pause, je n'avais jamais réussi à canaliser le trop plein d'énergie physique et d'activité cérébrale, je n'avais jamais réussi à ralentir, à me calmer, je n'avais jamais réussi à comprendre pourquoi la relation à l'autre était si compliqué. Ce jour-là, j'ai compris.

En plus de la révélation sur ma façon de fonctionner réellement qui m'a permise de comprendre tous les problèmes du passé et enfin aller de l'avant, ce petit voyage à vélo m'a appris à m'apaiser, à réfléchir correctement, à prendre le temps et arrêter de speeder dans tous les sens. J'ai enfin trouvé l'activité me permettant de me recentrer. Le dernier jour de ce périple a été le premier jour depuis plus de 25 ans où je me suis senti aussi bien. Moi-même.


L'autre effet sur ma santé psychique a été que j'ai retrouvé le goût de la photographie, que j'avais arrêté 2-3 ans auparavant. J'ai à nouveau prit le temps de regarder autour de moi. J'ai à nouveau eu envie d'immortaliser ces instants de vie. J'ai à nouveau eu envie d'acheter des pellicules, tout simplement ! Et l'inspiration a aussi fait son retour : les idées de séries photographiques, l'envie de refaire des expositions, l'envie de faire ce livre que je rêve de faire depuis mes études à la fin des années 90.





La photographie a toujours été présente dans ma vie. Au plus fort de mon activité d'artiste textile, j'étais presque frustré que l'on s'intéresse plus à mon yarnbombing qu'à mes photos. Pendant la dépression, je ne pensais même plus à la photo. Le soulagement a été immense lorsque j'ai remarqué à quel point je me replongeais là-dedans. L'apaisement s'est installé quand j'ai prit plus de recul et que j'ai commencé à ne plus me préoccuper de savoir si ça plait ou non. J'avais juste envie de prendre des photos. Point.




Un nouvel apprentissage a commencé. Plusieurs en fait. D'abord, réapprendre à photographier. Les paysages que je n'avais jamais fait. Les souvenirs que je voulais retranscrire tels que je les avais vécu. Puis une nouvelle façon de faire du vélo. Une évolution dans ma pratique cyclo qui me permet de faire encore plus de découverte. Qui m'apporte un plaisir insoupçonné. Qui m'a doucement fait sortir du vtt pour aller sur la route. Qui me montre que "je suis capable de le faire". La confiance en moi a commencé à montré le bout de son nez.


A mon retour du canal du midi, j'ai eu immédiatement envie de repartir. Mais où ?

De là a commencé ma vraie découverte du monde du voyage à vélo en fouinant sur internet : les forums, les blogs, les sites d'organismes touristiques, les itinéraires existants comme les eurovelos, les véloroutes françaises, une immense communauté très éclectique.

Et j'ai recommencé à partir en micro-aventures.











A suivre dans la seconde partie : le voyage raté.



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