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  • Justine Virideau

La découverte du voyage à vélo... et de moi-même #2

Seconde partie - le gros raté





Au retour du premier voyage à vélo, j'ai eu immédiatement envie de repartir. Mais d'abord, je me suis plongée toute l'année sur le net à la recherche d'informations. J'ai découvert et lu des tas de blogs présentant autant des récits de voyage que le matériel "idéal" pour voyager (quel vélo, quoi prendre dans les sacoches, etc). Sans parler des longues heures sur youtube à regarder les voyages des autres. Bref, j'ai prit tous les renseignements possible et inimaginables.


J'ai découvert les groupes facebook de voyageurs à vélo. Même pas besoin d'y poser une seule question, en faisant une recherche sur chaque groupe, je trouvais toutes les réponses que je cherchais (merci la communauté !)


Dans un premier temps, je devais changer de vélo. Car à partir du moment où j'ai découvert le voyage à vélo, j'ai inconsciemment arrêté de faire du vtt. J'ai commencé à aller sur la route, à prendre les voies vertes, etc. Le vtt n'était donc plus du tout adapté à ma pratique qui avait changée du jour au lendemain.

J'ai voulu remonter l'ancien vtt peugeot familial (cadre acier rigide parfait pour voyager) mais j'ai rencontré pas mal de problèmes alors je me suis rabattu sur un vtc trouvé dans un marché aux puces. Il était beau (peinture "or"), il avait l'équipement dont j'avais besoin (porte-bagages), il était à ma taille, c'était, sur le papier, exactement ce qu'il me fallait.





J'achète de nouvelles sacoches car les précédentes, pas chères et en tissus, montraient déjà des signes de fatigue après seulement un seul périple. Puis elles ne me plaisaient plus de toute façon. Etant donné que j'aime assortir les choses, les sacoches bleue dans un look "sport" n'allaient pas du tout sur le vtc doré. Utilisant le vélo au quotidien, j'ai prit des sacoches dites "de ville" pour les utiliser également pour faire les courses.

Après la mauvaise expérience de la tendinite l'été précédent, je prends tous les renseignements pour bien régler ma position et surtout changer de guidon. En effet, le cintre plat et droit du vtt n'est pas fait pour du long trajet. Le cintre "courbé" sera plus adapté pour une position plus "naturelle", j'installe des bar ends au centre de ce cintre pour pouvoir varier les positions des bras, des épaules, du dos. Je lui mets des poignées ergonomiques. J'installe ma nouvelle selle offerte par mes parents pour mon anniversaire, la B17 de chez Brooks (le modèle "Aged", avec un cuir pré-rodé, déjà travaillé, pour plus de confort et faciliter le rodage).

Tout est parfait, personnalisé, adapté à cette nouvelle pratique du vélo.





Je prépare un tour de France. Mais ce tour de France aura un but : faire une série photographique, en argentique uniquement, sur les façades de boulangeries fermées, en particulier en milieu rural. Cette série aura deux fonctions. La première, ce sera comme un hommage à mon papy. Il travaillait dans une boulangerie de Pont-Saint-Esprit dans le Gard, dans les années 50, dans cette fameuse boulangerie responsable de l'histoire du "pain maudit" (pour les curieux, l'histoire est ICI). Depuis 1951, elle est fermée, et elle n'a jamais été réouverte. On peut toujours la voir encore aujourd'hui. Dans un second temps, pour montrer la désertification des commerces dans les villages, le manque d'artisans. Et aller à la rencontre des habitants pour aborder ce sujet avec eux.

Je nomme ce projet "A la recherche du pain perdu".


Me voilà prête. C'est le jour du départ. Je suis excitée comme une puce. Je suis heureuse. Je suis impatiente. Je prends la ViaRhôna pour un premier arrêt à Pont-Saint-Esprit pour prendre la première photo de la série de cette fameuse boulangerie "maudite".

Mais... Premier couac : sur la ViaRhôna, Pont-Saint-Esprit n'est pas indiqué, je rate donc la sortie pour entrer dans la ville et m'en rendrait compte une bonne trentaine de km plus loin. Tant pis, je reviendrais.





Je continu d'avancer. Et là, c'est le drame !


Tout le monde dit qu'on peut partir avec n'importe quel vélo. Ce voyage m'a prouvé totalement le contraire, et je suis surement une des seules personnes à penser que non, on ne peut pas voyager avec n'importe quel vélo.


Je sors de la ViaRhôna à La Voulte-sur-Rhône pour faire un aller-retour sur la Dolce Via en Ardèche. Une véloroute de 90km (les deux itinéraires comptés) qui traverse ce magnifique département au cœur de la vallée de l'Eyrieux, suivant la rivière du même nom. Ca commence par une voie verte sublime, on y apprend pleins de choses (comme par exemple les essences des arbres indiqué sur les barrières, ou encore pratiquement 2 km de plusieurs dizaines de panneaux nous racontant chacun un moment précis de l'Histoire), on passe sur des petites routes vides de voitures, pour terminer sur un large et long chemin jusqu'à Saint-Agrève.





C'est sur la Dolce Via que mes nerfs seront mit à l'épreuve. A l'approche de Saint-Agrève, les choses se gâtent.

J'ai rapidement compris que le vélo acheté aux puces était minable. Bas du bas du bas de gamme. Des roues absolument pas faites pour porter du poids. Des composants fragiles, qui se détachent souvent, qui s'enraillent, qui me lâchent. Bref, j'ai eu tous les problèmes techniques possible.


Ca a commencé par la roue avant qui s'est voilée. Cette année-là, j'ai donc appris à dévoiler une roue avec une simple clé à rayons, assise par terre au bord du chemin, en pleine canicule. C'était assez comique. Avant, je me serais énervée immédiatement. Là, je riais, mais tellement ! Puis, la fierté. D'avoir réussi à dévoiler la roue, pour la première fois de ma vie, avec un petit outil très simple.


Puis elle s'est à nouveau voilé le lendemain, et le surlendemain, et encore le jour d'après. Vous l'avez compris, tous les jours je passais environ 1h à la dévoiler.

Sans parler du dérailleur arrière qui se détachait souvent ou ne fonctionnait que lorsqu'il en avait envie. La chaine qui sautait. Les freins qui freinaient 1 fois sur 3. Le guidon qui bougeait. La selle qui tournait. LA TOTALE !

J'avais beau tout bien resserrer, tout réparer, non, ça ne voulait pas. De 1h à dévoiler la roue, j'ai commencé à passer environ 3h chaque jour pour les réparations.





J'ai fait demi-tour. J'ai abandonné. En me réveillant au super camping de la Licorne à Saint-Agrève, j'ai dit stop.

Pourquoi continuer avec un vélo pourri ? Pourquoi m'infliger de la galère alors que je suis à la recherche du plaisir ? Je rentre.


De retour à Orange, je répare ce que je peux réparer, je laisse des affaires, et je repars juste quelques jours histoire de ne pas rester sur ma faim. Cette fois-ci je descend la ViaRhôna jusqu'à la mer. Je connais très bien le coin, la Camargue, le Grau-du-Roi et la Grande-Motte. Mais à vélo, c'est complètement différent. J'apprécie de passer par les lieux de mes vacances d'adolescente avec un œil nouveau.

Je fais demi-tour et remonte cette ViaRhôna jusqu'à l'intersection avec l'eurovelo 8 à Tarascon et me dirige vers l'est. C'est là que je découvre la véloroute du Calavon. Elle n'est pas très loin de chez moi et me fait rouler dans le Luberon que j'aime tant. Je n'y étais jamais allé à vélo, c'était comme si j'y allais pour la première fois. Tout comme les autres endroits que je connaissais déjà, j'ai (re)découvert le Luberon sous un autre angle.





Le vélo tient. Pour le moment. Je suis à une dizaine de km d'Apt quand il se remet à faire des siennes. Ok, je rentre définitivement. Et je me débarrasse de lui pour de bon.

De retour à la maison, je me mets en quête d'un nouveau vélo. J'en prendrais un neuf, l'occasion non merci !

Je tombe sur le Ridgeback Expedition, c'est le coup de foudre. Il a tout pour lui, a été pensé pour le voyage, et en plus il est parfait pour le quotidien, costaud comme il faut.

"Richard" entre dans ma vie. Pour toujours.


Une fois à la maison, je me suis rendu compte à quel point j'avais changé. Avant, j'étais à fleur de peau. Pour un rien. Tout m'énervait, tout m'agaçait, tout me faisait pleurer, tout me faisait paniquer. J'avais la crise d'angoisse facile. On aurait pu penser que toutes ces galères sur la route m'aurait rendu folle, de rage, de peur. Que nenni ! J'ai peut-être pleuré un moment donné, mais de fatigue et de frustration de ne pas pouvoir continuer dans ces conditions. A aucun moment je ne me suis énervé, je n'ai fait aucune crise d'angoisse. L'année précédente, j'avais compris comment le voyage à vélo était le traitement idéal pour ma dépression. Cette année-là, j'ai compris que cette dépression commençait à être derrière moi et que ma vie avait changé. Tout se remettait enfin en place.

Et surtout, cela ne m'a absolument pas dégoûté du voyage à vélo, bien au contraire. Ca m'a encore plus renforcé. Ca m'a donné confiance en ma capacité à régler les problèmes, à gérer les imprévus.

Aujourd'hui, je vois cet été là comme mon apprentissage de la mécanique ! Autant voir le verre à moitié plein plutôt que l'inverse.


Je reste sur ma position : non, on ne peut pas voyager avec n'importe quel vélo. La preuve ! Ils ne sont pas tous fait pour supporter du poids. Ils ne sont pas tous fait pour partir sur des chemins. Ils ne sont pas tous fait pour rouler des journées entières. Ce vélo était parfait pour aller acheter le pain. Certainement pas pour autre chose.





Ce voyage m'a aussi permis de trouver ma façon de dormir. L'été précédent, je n'avais quasiment pas sortie la tente car il faisait particulièrement chaud la nuit. Je ne l'avais installé que deux fois. La première nuit, mais j'avais dormi à côté ! La seconde au camping, histoire d'avoir un minimum d'intimité. Evidemment, j'en étais rapidement sortie pour dormir encore à côté. Donc, pour ce second périple, j'avais prévu une tarp et m'étais dit que je sortirais la tente si besoin. J'étais ravie de l'avoir en Camargue (coucou les moustiques !), sur les bords du Rhône (coucou les rats !) et pour la seule nuit de pluie passé au camping de Saint-Agrève. Sinon, je ne dormais que sous la tarp et j'ai adoré cette configuration.


C'est aussi pendant ce périple que j'ai eu ma première (et seule) frayeur. J'ai eu la mauvaise idée de m'installer sur le bord direct de la voie verte au niveau de Montélimar pour la nuit. Quelle erreur ! Des jeunes en scooters sont passés, ils profitent de la nuit pour utiliser la voie verte logiquement interdite pour les motorisés. Mais c'est le monsieur en vieille mobylette qui m'a fait peur. Il est passé une première fois alors que j'installais matelas et duvet. 5 minutes après, il repasse plus lentement en me regardant fixement. Puis il repasse encore une troisième fois, encore plus lentement, et siffle en passant devant moi (vous savez, ce sifflement vulgaire qu'on nous fait dans la rue...). Je n'ai même pas réfléchi. Je suis parti comme une flèche et me voilà dans la nuit noire à faire 5 km, le duvet s'envolant sur le panier avant, le matelas coincé sous le bras, la bombe au poivre dans la main prête à servir, pour trouver un coin un peu plus caché. Jamais je n'ai roulé aussi vite de ma vie ! Et je n'ai pas dormi, j'avais l'impression d'entendre sa mobylette toutes les 5 minutes.





Malgré tout ça, j'ai découvert la ViaRhôna entre Valence et la mer. Je ne savais pas encore que ce n'était que la première fois que je passerais là, car j'y reviendrais.


Ce périple raté m'a inspiré une nouvelle série photographique, que je peux très facilement travailler en même temps que les boulangeries : les routes de France à vélo.

Et me voici impatiente de reprendre la route, de travailler ces deux séries, de réussir ce tour de France avorté.

















Première partie à lire ICI

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