• Justine Virideau

Mise au point sur ma reconversion

On m'a encore posé la question qu'on me pose depuis 2 ans : mais, tu devais pas ouvrir une boulangerie ?!


NON ! Il n'a jamais été prévu d'ouvrir une boulangerie !

Je n'ai jamais vraiment expliqué le projet de ma reconversion professionnelle dans le détail, projet qui a évolué mois après mois à cause du manque de financement par exemple ou encore qui a été ralentit et a dû être adapté pour cause de... pandémie.


En 2002, 3 ans après l'obtention de mon CAP Photographie, je suis prise aux archives départementales de Vaucluse pour un remplacement d'une personne partie en arrêt maladie longue durée. Je découvre un métier passionnant, j'accepte la titularisation puisque la personne ne reviendra pas, et sur mon temps libre je peux travailler sur la photographie comme je l'entends, sans passer par la case photo d'identité ou commandes qui ne m'intéressent pas plus que ça. Une grande chance de pouvoir faire "ce que je veux" tout en ayant un emploi "alimentaire" qui m'intéresse énormément.

2015, c'est le burn out. Professionnel, personnel et artistique. Je suis mise en congés longue durée, j'arrête les expos en photographie et en art textile (spécialisée dans le tricot), je me soigne doucement, et je commence à réfléchir quoi faire pour partir définitivement de la fonction publique.

La photographie ? Je m'y remets lentement, cette fois-ci sans pression, sans prendre en compte ce que pensent les gens, sans faire d'expo, en arrêtant de répondre à tel ou tel appel à candidature pour des résidences, en partant du principe de simplement mettre mes images en vente, ne plus me prendre la tête et m'éloigner de ce milieu. Pareil pour le tricot.

Puis, vient la découverte du cacao qui me passionne.

1er juillet 2019, je suis officiellement démissionnaire de la fonction publique.


L'idée de départ.

Au début, l'idée était d'ouvrir un bar à chocolat. Comme un salon de thé où l'on boit du thé et mange des pâtisseries, le bar à chocolat propose toute sorte de boissons chocolatées, chaudes ou froides, et de la viennoiserie. Mon truc : la brioche.

Dans ce bar à chocolat, il devait y avoir un coin épicerie fine spécialisée dans le cacao donc, et un coin exposition photographie et art textile. L'idée était même aussi d'ajouter un petit rayon mercerie dans le coin expo. C'est pour cela que j'ai travaillé avec Woola Oops sur une collection de pelotes de laine à tricoter aux couleurs des cabosses de cacao. Quoique, pas que pour ça, j'y reviendrai plus bas dans l'article.

Après avoir prit les renseignements nécessaires, il m'a été expliqué que pour faire et vendre de la viennoiserie, il fallait obligatoirement avoir le CAP Boulanger. Je devais passer par ce diplôme, apprendre à faire du pain (zic) pour avoir le droit de vendre mes brioches. Bel hommage à mon papy boulanger.

Sauf que, quelques mois après m'être inscrite à des cours me permettant d'apprendre ce que je devais apprendre, faire des stages, etc, pour me présenter en candidat libre au CAP Boulanger, on m'explique que si je ne fais QUE de la brioche à consommer sur place, alors le CAP n'est finalement pas obligatoire ! J'avoue, cela m'a soulagé. Car travailler pour ce CAP m'éloignait un peu de la brioche à proprement parler et du cacao puisque c'est le pain qui en est l'apprentissage premier.

Du coup, j'avoue avoir laissé tomber les cours, et je me suis sentie un peu libéré.


Après avoir reçu la première partie de l'indemnité de départ volontaire pour création d'entreprise, les impôts sont passés par là en me prenant une somme faramineuse sur mon indemnité. Le prélèvement à la source venait d'être mit en place, et vu que j'étais en dépression encore à ce moment-là, je n'avais pas la tête à faire le nécessaire pour choisir le taux de pourcentage prélevé par exemple, donc je me suis faite "bananer". Le problème a été réglé quelques mois plus tard avec un remboursement puisqu'ils m'avaient prit beaucoup trop, mais c'était trop tard car ça a prit des mois avant d'être remboursé. Une somme non disponible pour la création de mon entreprise qui m'a énormément handicapé : je n'avais plus assez pour ouvrir dans un petit local, gérer tous les frais que cela engendre, acheter le matériel, etc, etc.

C'est là que m'est venue l'idée d'ouvrir l'épicerie fine uniquement en mode boutique en ligne. J'ai donc ouvert Kahtcao.

Les gens ne connaissant pas le "bean to bar", le chocolat artisanal "de la fève à la tablette", ça a du mal à démarrer. En effet, lorsque l'on plonge dans le monde du chocolat artisanal, on ne touche qu'une petite partie des amateurs de produits fins. Le "vrai" chocolat, en fait, c'est comme le vin : ça se déguste, ça se découvre.

J'ai beaucoup de mal à trouver la clientèle. Et avec l'arrêt obligatoire de la vente par correspondance en été, le chocolat n'aimant pas la chaleur et les tablettes arrivant toutes fondues, ça n'aide pas.

J'attends avec impatience d'avoir le matériel adéquate pour faire les marchés. Et là... nous voici en mars 2020 et le confinement. Pleins d'émotions me submergent : le soulagement de n'avoir pas ouvert le bar à chocolat dans un local 6 mois plus tôt que j'aurais été obligé de fermer et gérer les frais sans aucune entrée d'argent, et une énorme frustration de ne pas pouvoir aller sur les marchés alors que j'étais presque prête (j'avais la remorque pour trimballer ma boutique à vélo et de quoi installer le stand, il ne manquait que les étagères réfrigérées pour la conservation du chocolat sous le soleil provençal)


En même temps, un projet tricot plus professionnel est aussi prévu. Celui-là, je n'en ai absolument jamais parlé. Et c'est là qu'entre en jeu la fameuse collection de pelotes aux couleurs cacao...

Cette collection, c'était à la fois un test et le début de ce qui arriverait par la suite. Tout comme glisser discrètement de temps en temps quelques vêtements simples tricotés sur les réseaux. Un test qui sera plus que concluant.

La collection a bien fonctionnée, mieux que la vente des tablettes, et les vêtements aussi.

Ayant déjà un réseau de tricoteuses via mon association Le Gang de la Wool et grâce aux clientes habituelles de Woola Oops, la clientèle était déjà présente et les pelotes seules ou vendues en kit ont beaucoup plu.

J'ai été très fière et heureuse de présenter ma première collection de pelotes.

Suite à ce petit succès, je me prépare à participer à plusieurs formations sur le tricot pour me perfectionner dans différents domaines : formation pour la création de collections de vêtements, formation filage, et j'en passe.

Et nous revoici à nouveau en 2020. Les formations sont annulées ou repoussées à des dates qui ne me conviennent pas du tout. Ok, je patienterai. Le voyage à vélo m'a réapprit la patience, ça ne me dérange pas plus que ça et ça me permet de continuer à travailler à la maison pour peaufiner le projet.

Entre temps, l'épicerie me fait me remettre en question. Vais-je continuer malgré le peu de commandes et d'intérêt ? Vais-je me consacrer uniquement à la laine et la photographie en arrêtant le chocolat ? Vais-je garder cette épicerie "à côté" ? Je n'ai pas encore la réponse à ces questions.


La vie n'a pas tout à fait reprit son cours normal, mais presque. Donc, je peux à nouveau partir faire ces formations que j'attends, ce sera juste avec 1 à 2 ans de retard.

Cet automne, une première formation sur le triage, nettoyage et cardage de la laine brute suivie dès le lendemain de la formation filage. Formations pour les professionnelles donc.

L'année prochaine, en 2022, le suite des formations dans le stylisme et peut-être formation de teinture. Pour cette dernière, je suis toujours en réflexion : est-ce que je me lance là-dedans ou est-ce que je travaille encore en collaboration avec des teinturières confirmées. La réponse viendra d'elle-même au moment voulue.


Je pourrais donc enfin sortir ma marque de pelotes faites à partir de la toison du mouton directement dont toutes les étapes seront faites à la main et "à l'ancienne", et plus tard vous présenter ma première vraie collection de vêtements !

J'ai tellement hâte...


A côté de tout ça, la passion de la photographie est définitivement revenue, et je me régale à travailler sur de nouvelles séries. Peu importe si je vends ou pas, peu importe si j'expose ou pas, peu importe si j'arrive à sortir ce livre photos rêvé depuis 20 ans ou pas, je prends à nouveau du plaisir et c'est tout ce qui compte.

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